Dans le même temps, nos dirigeants, eux, seraient devenus de grands pédagogues. Qu’on en juge :
Selon Le Figaro du 23 décembre 2009, « le chef de l’État, qui a reçu mercredi le président du CFCM, a demandé à Éric Besson de faire plus de pédagogie. »
« Christine Lagarde, Eric Woerth et Brice Hortefeux ont reçu consigne de faire de la pédagogie. Dans une lettre du 6 novembre envoyée à l’ensemble des maires de France, les trois ministres détaillent la démarche gouvernementale. » (Le Journal du Dimanche)
« Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, fait également partie des membres de la majorité que Nicolas Sarkozy reçoit (trois ou quatre fois par semaine) et consulte le plus. Son objectif à la tête de l’UMP : faire de la pédagogie sur les décisions présidentielles. » (Les Échos)
« "Faire preuve de pédagogie, remettre en perspective cette crise, expliquer quelle est la réponse du gouvernement, c’est nécessaire, notamment face aux inquiétudes et aux interrogations qu’on a vues cette semaine", déclarait dimanche le porte-parole du gouvernement Luc Chatel. » (Le Nouvel Observateur)
Le 17 février 2010, sur France Culture, le président de la Commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis, laisse échapper de quoi il s’agit en réalité : « Nous avons à procéder à une vraie pédagogie auprès de nos concitoyens car les réformes structurelles ont trop attendu dans de nombreux domaines. Il faut aussi préparer, il faut de la démago… de la pédagogie… sur la base d’informations qui soient aussi sincères que possible… »
C’est surement cette facilité qu’il y a à “faire de la pédagogie” qui explique que nos gouvernants aient décidé que les futurs professeurs n’ont plus besoin de formation professionnelle.

- Joseph Goebbels, ministre de la pédagogie du Troisième Reich
Rendons ici hommage à leur illustre prédécesseur, Joseph Goebbels, Propagandaministerium du Troisième Reich – ce qu’autrefois on traduisait par “ministre de la propagande”, aujourd’hui mieux rendu par “ministre de la pédagogie”.
Il existe cependant de grandes différences entre la propagande de Joseph Goebbels et celle de Nicolas Sarkozy. Le premier se flattait ouvertement de diriger l’opinion [1] et s’appuyait sur la terreur autant que sur la persuasion [2].
De nos jours, la propagande est devenue hypocrite. Mais, en se cachant derrière le vocable de “pédagogie”, il y a plus. Comme rappelé en préambule, la pédagogie est l’art d’interagir avec des élèves pour leur faire acquérir des connaissances. Implicitement, en parlant de pédagogie, les médias situent donc nos gouvernants comme des professeurs, disposant d’un savoir certain et qu’ils auraient à transmettre à des ignorants. Nos dirigeants ne s’adressent donc pas à des citoyens mais à des enfants.
Le nazisme fonctionnait par la propagande et la terreur.
Le sarkozysme fonctionne par la propagande et l’infantilisation.
