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Le système Estrade

vendredi 12 juin 2009, par Rémi Castérès

Pourquoi monsieur Estrade refuse-t-il avec une telle obstination de parler publiquement de la piscine ?

Une fois récusé l’argument, fallacieux en soi, selon lequel on ne devrait rien dire tant qu’on n’a rien décidé, argument contredit par les faits puisqu’Alain Estrade m’a parlé de la piscine pendant une heure le 5 mai et qu’il y a consacré une auto-interview dans le numéro 185 de l’Aqueduc, il faut chercher une explication rationnelle.

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Comment expliquer la politique de la chaise vide ?

Je ne trouve qu’une explication cohérente avec les faits observés. Même si elle est surprenante : la décision a été prise avant la discussion.

Monsieur Estrade a décidé de construire un centre nautique, le plus prestigieux possible, à un endroit précis de Taluyers. Pour quelles raisons, je l’ignore. Peut-être a-t-il voulu s’inscrire dans la lignée des grands bâtisseurs ? En tout cas, il s’agit d’un choix personnel et qui ne correspond pas forcément aux besoins de la population.

Une fois sa décision prise, il restait à la faire aboutir. Alain Estrade a utilisé pour cela des méthodes variées.

Camoufler

« Aucune décision n’est prise, ni sur le lieu ni sur le dimensionnement du projet. » Ces propos ont ceci d’extraordinaire qu’ils sont rigoureusement exacts. Vous comprenez : « Toutes les options sont ouvertes » mais ce n’est pas ce qui a été dit ! Monsieur Estrade est avocat. Ce qu’il vous a dit est temporellement exact. Vous n’avez pas compris qu’il ne s’agissait que d’une question de jours.

Déminer

Alain Estrade craint par-dessus tout le débat qui risquerait de faire apparaitre la contradiction entre ses projets et les besoins de la population. Aussi, il est prêt à tout pour éviter une discussion publique. En mai, il m’annonçait avec affabilité que le numéro de juin de l’Aqueduc serait consacré au dossier piscine. Les citoyens seraient informés de tout ; il n’y avait qu’à patienter un peu. En juin, il y a eu une page dans l’Aqueduc, son auto-interview.

Je dis avec admiration à monsieur Estrade : « Bravo l’artiste ! Vous nous avez fait hésiter pendant plusieurs jours. »

Transformer une bombe en pétard mouillé

Les enseignants d’éducation physique, les parents d’élèves de Ronsard et de Saint Thomas d’Aquin — excusez du peu ! — ont adressé une lettre commune aux Conseillers communautaires sur le lieu d’implantation de la piscine. Lettre dévastatrice pour le choix de Taluyers.

Alain Estrade a réalisé la manœuvre parfaite. Il a fait état de la lettre lors de la Commission générale, en précisant qu’il ne la remettait pas à ce moment puisque cette Commission ne portait pas sur le lieu. Son idée était de la distribuer lors de la Commission générale suivante, celle qui devait déterminer l’emplacement. À ce moment-là, elle n’aurait plus eu aucun effet ! D’abord, parce qu’elle est longue et argumentée et qu’il est difficile de lire un document pendant une réunion. Ensuite, parce que chaque conseiller, même s’il était ébranlé, n’aurait pas pu se concerter avec l’autre représentant de sa commune parce que… Voir le point suivant.

Quel dommage qu’une professeure indignée ait distribué la lettre à l’entrée du Conseil ! Alain Estrade aurait pu désamorcer complètement les arguments des professeurs et des parents, en paraissant blanc comme neige. Un artiste, vous dis-je !

Isoler les éventuels opposants

Lors des réunions de la Copamo, les conseillers ne se regroupent pas par commune ou par affinité. Ils sont placés dans l’ordre alphabétique. Autant dire qu’il leur est impossible de se concerter pendant les réunions. De plus, s’ils veulent s’exprimer, ils doivent utiliser un micro. Beaucoup sont intimidés. Un conseiller dont c’est le deuxième mandat me disait n’être jamais intervenu en Commission générale.

Manipuler des conseillers communautaires

La première Commission générale consacrée au centre nautique a posé la question de savoir s’il fallait construire ou non une nouvelle piscine. Des élus ont estimé que c’était une réunion inutile : ce choix avait déjà été fait il y a dix ans et la piscine de Mornant n’a pas rajeuni dans l’intervalle.

Ils ont tort. Cette réunion était très utile, en tout cas pour monsieur Estrade. D’abord, elle donnait consistance à la fiction selon laquelle tout était remis à plat.

Ensuite, elle procédait d’une technique que les représentants de commerce connaissent bien et qui s’appelle “le pied dans la porte”. Quand ils vous rendent visite, ils ne vous disent pas d’emblée : « Voulez-vous acheter ma dernière encyclopédie en vingt-deux volumes ? » Non, ils commencent par des propositions banales : « Il fait beau, aujourd’hui, n’est-ce pas ? » « Est-ce que les enfants vont bien ? » « Vous ne pensez pas que ça les aiderait s’ils avaient une excellente documentation à la maison ? » Le but est de vous faire dire un maximum de « Oui » d’affilée. Effet psychologique garanti. Après, seulement, la vente deviendra possible.

« La piscine du clos Donzel est-elle obsolète ? » « Faut-il construire une nouvelle piscine ? »

Manipuler les citoyens

Autre avantage : ce “oui” insignifiant va permettre d’endormir les citoyens. Alain Estrade introduit son auto-interview dans l’Aqueduc de juin par un superbe : « Tout le monde est d’accord ! » La plupart des lecteurs parcourront la suite avec l’impression, évidemment fausse, qu’il n’y a rien dont il faudrait se préoccuper — si tout le monde est d’accord, de quoi irai-je me mêler ? Tout au plus, quelques « ralentissements »… Tout est pour le mieux dans la meilleure des Copamo !

Passer pour une victime

Le refus du débat, la censure, tout ça n’est pas très glamour. Comment s’en sortir ? La solution est simple, il suffisait d’y penser : Alain Estrade se fait passer pour la malheureuse victime des journaux qui racontent n’importe quoi, et des associations qui ont des idées toutes faites… Soupirs… Inutile de lutter contre tant de calomnies ! Autant se taire ! Eh hop, la boucle est bouclée, le silence est justifié !

 

Monsieur Estrade a utilisé avec brio ces méthodes. Malheureusement pour lui, elles peuvent se heurter à un obstacle insurmontable : la démocratie. La discussion est devenue publique dans la CCVG. Elle le devient dans la Copamo.

 

Pour en savoir plus :

Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois, Presses Universitaires de Grenoble, 2002

Non-denial denial, un article de wikipedia (en anglais)

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