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Le médiateur de la République et la déliquescence de la société française

jeudi 24 mars 2011, par Rémi Castérès

Le médiateur de la République traite les litiges entre les particuliers et les administrations ou les services publics (avec quelques centaines de collaborateurs). Il est nommé en Conseil des ministres pour six ans. L’actuel médiateur, Jean-Paul Delevoye, vient de rendre son rapport pour 2010. Il est une des rares personnalités de l’UMP à être libre de sa parole : il n’a pas besoin de plaire. Il ne peut pas être révoqué et son mandat ne peut pas être renouvelé.

Ses services ayant traité près de 80 000 litiges rien que pour 2010, Jean-Paul Delevoy est bien placé pour observer l’évolution de notre société. Il commence sa présentation en évoquant le « burn out de la société française ». Cet anglicisme signifie un épuisement total suite à un long stress.

Le rapport dénonce l’inflation juridique : « L’émotion suscitée par un fait divers précipite l’élaboration d’une loi sans réellement s’interroger sur les possibilités de sa mise en œuvre, comme en témoigne la loi Dalo (droit au logement opposable), partie d’un bon sentiment mais inapplicable en réalité. »

« Normes à peine intégrées et déjà obsolètes, régimes dérogatoires, arrêtés qui contredisent la loi : cette inflation de droit serait-elle en train de créer une illusion de protection alors qu’elle est précisément à l’origine d’une insécurité juridique ? À cette instabilité juridique s’ajoute aussi une instabilité des pratiques dès lors que la confusion qu’elle génère au sein des services publics ouvre la voie à des comportements administratifs inappropriés, à des difficultés d’interprétation des textes, à un durcissement de la loi, à des ajouts de conditions pour l’octroi d’avantages. »

Le rapport traite des « dommages collatéraux dus aux réformes précipitées ». La Constitution n’est pas respectée : « La révision de la Constitution de 2008 prévoit que les réformes soient précédées d’études d’impact pour mesurer les effets pervers qu’elles pourraient produire, mais elles le sont rarement, faute de temps et de moyens investis. »

« Des attentes plus longues, des délais de traitement qui s’étirent, des démarches supplémentaires à effectuer… comment réagit un citoyen confronté à ce qui est présenté comme une amélioration du service public et qui se traduit en réalité par un service dégradé, plus complexe et moins accessible ? »

« Amer constat du Médiateur de la République en 2010 : la notion du “vivre ensemble” s’est encore fragilisée. Plus que jamais, la défense de l’intérêt individuel s’effectue au détriment de celui des autres, sans égard pour les intérêts de la communauté. Il en résulte un climat d’agressivité : l’incapacité à se respecter les uns les autres et à dialoguer favorise les tensions, les conflits et évidemment le repli sur soi. Or, quand l’insupportable, l’inadmissible n’est pas dénoncé, désigné, le système ne peut pas se remettre en question ni se régénérer. »

Si le constat est implacable, Jean-Paul Delevoy ne va pas jusqu’à s’interroger sur la politique menée par l’UMP, son parti, et qui a conduit notre société à ce degré de délabrement. Le burn out est un syndrome destructeur et qui nécessiterait les soins les plus attentifs. Que propose Jean-Paul Delevoy ? « L’année 2011 doit être celle de l’éthique, de la transparence pour toutes celles et ceux qui exercent le pouvoir, notamment s’agissant des financements et des conflits d’intérêt. L’autorité, pour être acceptée, ne pourra se fonder sur la justification d’un titre ou d’une élection mais reposera sur la dimension morale de celui ou celle qui l’exerce. » « Notre peuple retrouvera confiance en ses élites si elles sont exemplaires. »

Ce qui signifie en creux que la politique actuelle est immorale, que le pouvoir est opaque et corrompu et que l’autorité est illégitime.

La démission forcée de Michèle Alliot-Marie, le report du procès Chirac, le rebondissement de l’affaire Tapie, l’abstention majoritaire aux élections cantonales : les souhaits de Jean-Paul Delevoy ne sont que des vœux pieux !

2 Messages de forum

  • En toute sincérité et sans arrogance, je pose la question suivante : à quoi cela sert-il de dénoncer la déliquescence de la société française (qui certes est réelle), si l’on est pas capable d’en expliquer les causes profondes, politiques, économiques, voire idéologiques, et si l’on ne produit pas d’alternative ? Comment, dans ces conditions, parvenir à convaincre ? Pour reprendre l’expression consacrée, n’est-ce pas pisser dans un violon ? N’est-ce pas te condamner ainsi à crier dans le désert ?

    Amicalement.

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    • Pisser dans un violon ? 21 avril 2012, par Rémi Castérès

      Seule une lecture hâtive a pu te permettre de juger que je ne propose aucune analyse et aucune proposition sur ce site.

      Par contre, tu as tout à fait raison, j’ai crié dans le désert. Je ne pouvais pas le savoir avant. J’ai au moins eu le mérite d’avoir essayé. Je ne pouvais pas deviner que mes compatriotes avaient renoncé. Maintenant, je sais. J’aurais voulu présenter ces idées à l’occasion des prochaines législatives. Je n’ai pas trouvé une personne qui accepte d’être mon suppléant — condition pour poser sa candidature.

      Je contemple avec effarement l’effondrement de notre société et je cultive mon jardin. Si, un jour, quelqu’un se décide à faire quelque chose, qu’il sache que je reste disponible pour apporter ma contribution.

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