Comme en Égypte et en Tunisie, nous avons nous aussi des élections. Comme là-bas — jusqu’à présent du moins pour eux — ce ne sont que des leurres. Le peuple est sommé d’acquiescer à sa domination. Un peuple qui se croit libre étant moins tenté de se révolter.
Un des mérites de Sarkozy est d’avoir mis à nu, par sa brutalité, la déliquescence de la démocratie française. Qu’une seule personne, en dernier recours, décide de tout dans une société complexe est une absurdité. Jusqu’à l’accord Jospin - Chirac - Giscard de l’an 2000 entre les socialistes et la droite, le système était théoriquement amendable. Il était possible que le Parlement s’oppose au Président et limite les pouvoirs de ce dernier pendant les épisodes de cohabitation. Depuis, c’est impossible. L’élection des députés suivant immédiatement celle du président, les députés procèdent de ce dernier et sont soumis à sa volonté. Ce n’est pas conjoncturel ; le mécanisme est inscrit dans la constitution.
Pour que le système évolue, il faudrait que le Président de la République renonce de lui-même à une part de ses prérogatives. Or, pour devenir Président(e), il faut une soif de pouvoir démesurée et y consacrer sa vie. Ce n’est pas la personne qui aura fait les plus grands sacrifices pour atteindre ce graal qui s’en détournera au moment où elle l’aura atteint ! Le système de pouvoir autocratique de la Ve République est donc incapable d’évoluer. Incapable d’évoluer, mais pas plus éternel que les régimes de Ben Ali ou de Moubarak.
Depuis la fin du XVIIIe siècle, la liste est longue de nos autocrates qui ont mal fini. Louis XVI a eu la tête tranchée ; Robespierre aussi. Napoléon est mort en captivité à Sainte-Hélène. Charles X s’est exilé en Écosse puis en Autriche ; Louis-Philippe en Angleterre, tout comme Napoléon III. Pétain a terminé enfermé à l’ile d’Yeu… Le seul qui s’en soit bien tiré, c’est Louis XVIII — maigre bilan.
Tel ne sera pas forcément le sort du Président actuel. Notre autocratie est tempérée par la possibilité de changer le souverain tous les cinq ans. Mais ce système bloqué sera inéluctablement remis en cause, indépendamment des personnes, et mis à bas, et comme ça ne peut plus se faire par des élections, ça se fera par une révolution. Le compte à rebours de la Ve République a commencé avec Nicolas Sarkozy.