Alternative Démocratique
Accueil du site > Lectures, liens > Ian Kershaw, Choix fatidiques

Ian Kershaw, Choix fatidiques

lundi 11 janvier 2010, par Rémi Castérès

Ian Kershaw est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Sheffield.

Ian Kershaw, Choix fatidiques
Dix décisions qui ont changé le monde 1940-1941
Seuil
Fateful Choices, 624 pages
Ten Decisions that Changed the World 1940-1941
Penguin Books, 2007

Dans cet ouvrage dense, Ian Kershaw examine minutieusement comment ont été prises, en 1940 et 1941, dix décisions capitales qui ont scellé le cours de la Seconde Guerre Mondiale. Les différentes options qui s’offraient sont envisagées en détail.

En voici la liste :

- Fin mai 1940, le Cabinet de guerre britannique décide de poursuivre la lutte contre l’Allemagne après la capitulation de la France (il aurait pu solliciter la paix).
- Au cours de l’été et de l’automne 1940, Hitler décide d’envahir l’Union Soviétique (il aurait pu maintenir des relations de bon voisinage).
- Au même moment, le Japon décide de profiter des victoires allemandes pour s’allier à Hitler et à Mussolini dans le pacte tripartite (aucune autre option n’a été sérieusement considérée).
- À Rome, Mussolini profite de la défaire française ; puis, se sentant humilié par la prééminence de Hitler, il décide d’envahir la Grèce (il aurait pu maintenir, comme Franco pour l’Espagne, l’Italie hors de la guerre).
- Entre l’été 1940 et le printemps 1941, le président Roosevelt décide d’engager autant qu’il le peut les États-Unis dans le soutien à la Grande-Bretagne (il aurait pu suivre le courant isolationniste ou, au contraire, se confronter au Congrès).
- Au printemps 1941, Staline pense qu’il a raison contre tous et que l’Allemagne n’attaquera pas l’Union Soviétique (il aurait pu tenir compte des avertissements provenant de toutes parts).
- Pendant l’été et l’automne 1941, Roosevelt engage les États-Unis dans une guerre non déclarée contre l’Allemagne (il aurait pu s’en tenir au soutien distant de la Grande-Bretagne ou, au contraire, profiter des incidents avec des sous-marins allemands pour entrer en guerre ouverte).
- À l’automne 1941, le Japon décide d’entrer en guerre contre les États-Unis (l’entente avec les États-Unis, qui lui sera imposée après 1945, n’est pas envisagée à ce moment).
- En décembre 1941, Hitler décide de déclarer la guerre aux États-Unis (il aurait pu maintenir les relations encore quelque temps dans leur état de tension).
- Au cours de l’été et de l’automne 1941, Hitler décide l’extermination systématique des Juifs (aucune autre option n’a été envisagée, le racisme étant consubstantiel du nazisme).

En temps de guerre, il n’était pas possible de discuter publiquement des différentes alternatives. Cependant, la manière de prendre des décisions capitales a été très différente entre les démocraties et les États totalitaires, le Japon constituant un cas à part.

Hitler, Mussolini et Staline décidaient seuls. Parvenus au pouvoir en partant de rien, ils se prenaient pour des génies. Leurs conseillers n’osaient leur présenter que le meilleur scénario possible. Les choix des dictateurs ont été désastreux pour leur pays et, dans le cas d’Hitler et de Mussolini, pour eux-mêmes.

Au contraire, le Cabinet de guerre britannique, composé de trois conservateurs et de deux travaillistes, s’est réuni pendant quatre jours, du 25 au 28 mai 1940. Churchill n’a pas dicté son point de vue. L’option de la paix avec Hitler a été étudiée en profondeur. Seulement après, le Cabinet de guerre s’est résolu unanimement pour la poursuite de la lutte.

Aux États-Unis, les conséquences de la situation internationale étaient envisagées dans tous leurs aspects par les conseillers de Roosevelt — et les décisions de ce dernier soumises à la critique publique des isolationnistes. Roosevelt a veillé à ne pas s’opposer au Congrès. C’est lui qui a eu l’idée ingénieuse de la loi du Prêt-bail qui a permis aux États-Unis de soutenir fortement la Grande-Bretagne puis l’URSS avant la déclaration de guerre par Hitler.

Un mot sur le Japon : les décisions ont été prises collectivement par les militaires, sous la pression d’un encadrement qui ne pouvait envisager que l’armée impériale se retire de Chine. Dès le départ, les plus hauts dirigeants considéraient la guerre contre les États-Unis comme suicidaire mais honorable.

*
*    *

Ce qui suit n’est pas dans l’ouvrage d’Ian Kershaw. Je fais un lien entre la façon dont on été prises les décisions cruciales et la cohésion des peuples et des armées.

Il n’y a eu qu’une poignée de traitres britanniques et américains, tous subalternes, et qui n’ont joué aucun rôle, à part dans la propagande nazie.

À l’opposé, les traitres ont abondé dans l’armée allemande, avec plusieurs tentatives d’assassinat contre Hitler et la constitution d’un Comité Allemagne libre à Moscou, comprenant des généraux. En Italie, Mussolini a été arrêté en 1943 sur ordre du roi.

Une armée russe commandée par le général Vlassov, celui qui avait repoussé les Allemands devant Moscou, a combattu aux côtés des nazis.

Aucun Japonais n’a changé de camp et il n’y a eu aucune résistance à la guerre au Japon.

Je retiens du livre “Choix fatidiques” que les décisions les plus importantes, prises par des hommes entourés de courtisans, croyant être des génies, n’envisageant la situation que sous son jour le plus rose, ont été des décisions funestes.

Je retiens que les mêmes décisions cruciales, prises collectivement dans des États à tradition démocratique, ont été beaucoup plus judicieuses. Est-ce si étonnant ?

Répondre à cet article

11 visiteurs en ce moment

| Plan du site | Suivre la vie du site RSS